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Publié le 22 avril 2025 à 13:33 par :

Crystal Dynamics / Eidos Montréal | Nouvelle vague de licenciements

Crystal Dynamics a annoncé le 27 mars dernier la suppression de 17 postes au sein de son studio. Le communiqué officiel évoque un réalignement des « besoins actuels » et du « succès futur du studio ». Des formules vagues et standardisées qu’on retrouve malheureusement bien trop systématiquement dans les restructurations d’entreprise du jeux vidéo ces dernières années, où ces décisions économiques sont présentées comme inévitables.

« Ce matin, Crystal Dynamics a pris la décision difficile de réduire ses effectifs de 17 talentueux collaborateurs. Nous n’avons pas pris cette décision à la légère. Cette mesure était nécessaire pour mieux aligner nos besoins commerciaux actuels sur la réussite future du studio. Elle ne reflète ni le dévouement ni les compétences des personnes concernées.

 

Nous sommes conscients de la souffrance que cette décision représente pour les personnes concernées et nous les soutenons en leur proposant des solutions de transition et des opportunités d’évolution.

 

Crystal Dynamics reste déterminé à repousser les limites de la création de jeux exceptionnels. Ce changement ne modifie en rien nos projets actuels. »

Une poignée de jours plus tard, Le 31 mars 2025, c’est au tour de Eidos Montréal (Shadow of the Tomb Raider) d’annoncer à leur tour une vague de licenciement de 75 employés, invoquant dans une réthorique similaire au communiqué de Crystal, la fin d’un mandat et l’impossibilité de reclasser l’ensemble des personnes concernées sur d’autres projets en cours. Ce studio, qui a collaboré étroitement avec Crystal Dynamics sur la franchise Tomb Raider au cours des 12 dernières années, est ainsi touché par une nouvelle vague de suppressions de postes. A peine plus d’un an plus tôt, Eidos Montréal avait déjà essuyé un licenciement de 97 de ses employés, et l’annulation de certains de leur projet, dont un nouveau jeu Deus Ex.

« Aujourd’hui, nous avons informé notre équipe de studio que nous allions nous séparer de jusqu’à 75 précieux membres, car l’un de nos mandats arrive à échéance. Cela ne reflète ni leur dévouement ni leurs compétences, mais nous n’avons malheureusement pas la capacité de les réaffecter entièrement à nos autres projets et services en cours.


Ces experts talentueux et expérimentés entreront sur le marché du travail, et nous travaillons à les accompagner dans cette transition.


Eidos-Montréal maintient son engagement à mener à bien ses autres projets en cours de développement. » 

Dans les réactions des communautés de fans, on observe souvent le même réflexe : l’inquiétude pour le développement du prochain Tomb Raider. Au delà du fait que Crystal Dynamics précise que cette décision n’impacte pas leurs projets actuels (Tomb Raider et Perfect Dark), ce type de réaction de la part des joueurs est révélateur d’un problème plus large : la tendance à percevoir les studios uniquement à travers le prisme des licences qu’ils produisent, et non comme des espaces de travail où des personnes exercent un métier.

Or, ce qu’il se passe ici relève avant tout d’une logique capitaliste classique : réduction d’effectifs pour ajuster les coûts et maintenir la rentabilité d’une structure qui, rappelons le, appartient au groupe Embracer – mastodonte de l’industrie vidéoludique en pleine opération de rationalisation après une politique d’acquisitions massives. Depuis des mois, Embracer licencie, ferme des studios et restructure pour satisfaire des impératifs financiers découlant de décisions que l’on qualifiera de… peu judicieuses… prises à la suite de la période Covid. Entre juin 2023 et mars 2024, Embracer a supprimé 4 532 postes, soit une réduction de 27 % de ses effectifs, passant de 16 601 à 12 069 employés [gamedeveloper.com]. Des décisions qui ont des conséquences concrètes pour les personnes concernées, bien au-delà de la simple production d’un jeu.

Il serait pertinent que les communautés de joueurs et joueuses, y compris celle de Tomb Raider, prennent conscience que les enjeux sociaux et humains doivent passer avant les considérations sur la date de sortie du prochain jeu. Ce qui importe ici, ce n’est pas l’état du planning de développement, mais le fait que des gens perdent leur emploi dans un secteur où la précarité devient structurelle. Ce n’est pas la première fois que je partage mon point de vue sur la nécessité pour la licence Tomb Raider de revenir sur des logiques à plus petits budgets. Des propositions multiples, différentes, fortes, à l’identité marquée, moins risquées financièrement, et hors des canons des AAA gargantuesques et ultra photo réalistes. Nous n’avons pas besoin de ça. Le succès récent des remasterisations des six Tomb Raider old school vient accréditer cette approche (Embracer parle de résultats ayant dépassé les attentes). Lara Croft ne devrait pas avoir besoin de vendre des dizaines de millions de copies pour s’épanouir dans le paysage vidéoludique actuel. Moins de performance, plus de robustesse. 

Nos pensées et notre soutient va donc tout entier aux talents licenciés, ainsi qu’aux équipes de développement qui, comme l’actualité nous l’a appris ces dernières années, ne sont jamais à l’abris des errances managériales des entreprises dans lesquelles ils dévouent leur force de travail, malgré des bénéfices record dans de nombreux cas. Les responsables de ces décisions sont quand à eux généralement toujours en poste, avec en bonus souvent de jolies primes pour récompenser leur…  performance. Des exemples ? Satya Nadella, Strauss Zelnick ou encore Bobby Kotick peut être ?)

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Catégories : Crystal Dynamics, Eidos Montréal, Embracer Group, Tomb Raider 12

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SkeletonAndJellyfish

Bonjour, Quel plaisir de lire un post qui questionne les décisions abusives prises par des financiers et autres cols plus-blancs-que-blancs, en rappelant à toutes et tous que les conditions matérielles d’existence des gens qui créent les jeux que l’on aime sont plus importantes que des délais de production ! Comme beaucoup de secteurs de « création », le jeu vidéo courbe le cou face à des politiques capitalistes qui ne s’intéressent qu’aux profits générés et méprisent les besoins des travailleurs et travailleuses. La course au photoréalisme est, à mon sens, une vraie preuve du mépris grandissant pour les partis pris artistiques forts… Lire la suite »