Publié le 28 août 2021 à 20:47 Publié par :

TOMB RAIDER SUITE – THE SYNTH MIXES | ANALYSE

Après le succès de sa Tomb Raider Suite, Nathan McCree revient avec “The Tomb Raider Suite: The Synth Mixes”, un nouvel album aussi consistant et grandiose que la Suite, mais avec l’empreinte sonore des musiques originales. Tentons de percer ses secrets à la manière de notre archéologue préférée !

Les origines du projet

En 2016, Nathan McCree se lançait dans le projet ambitieux de réarranger les musiques des trois premiers Tomb Raider, les faire jouer par l’Orchestre philharmonique royal et les choristes de Metro Voices, puis les enregistrer aux studios Abbey Road. Fort du succès du projet sur Kickstarter, la Tomb Raider Suite a ainsi pu voir le jour en 2017.

 

Pendant ce temps, en 2020, Peter Connelly sortait de son côté The Dark Angel Symphony, un projet similaire de compilation de musiques des épisodes 4 à 6. Non content du succès de la Tomb Raider Suite, Nathan McCree a sorti le 30 Juillet dernier une nouvelle version de son album, cette fois-ci nommée The Tomb Raider Suite: The Synth Mixes.

« Il s’agit d’un double album comprenant tous les titres de l’album Tomb Raider Suite recréés avec amour à l’aide de deux synthétiseurs Roland JV1080, les mêmes machines que j’ai utilisées pour composer la musique originale de Tomb Raider en 1996. » Nathan McCree (Kickstarter)

 

A mi-chemin entre une esthétique old school et la Tomb Raider Suite, on vous propose aujourd’hui une petite analyse de ce projet qui, sous des airs de redite a priori, propose en réalité un nouveau regard sur les musiques qui ont rythmé nos parties !

Le synthétiseur Roland JV-1080, machine-orchestre de l’album

La star de cet album, c’est certainement cette drôle de machine, le Roland JV-1080 :

Si le JV-1080 ne semble pas avoir une apparence familière pour un synthétiseur, c’est tout à fait normal ! Il s’agit d’un synthétiseur “numérique”, un type de synthé très populaire dans les années 90, à une époque où la production musicale commençait progressivement à s’informatiser, et où l’on voyait apparaître les premiers logiciels de création musicale, ou “STAN” (Station de Travail Audio Numérique) tels que Cubase ou Protools, capables de remplacer les imposantes – et onéreuses – tables de mixage des studios, tout en offrant plus de flexibilité et de pistes disponibles pour traiter les différents sons.

 

Le JV-1080 se présente comme un synthétiseur dépourvu de clavier. Il se relie à un ordinateur et/ou à un clavier maître pour pouvoir être utilisé. Il possède une vaste banque de sons d’instruments (recréés par synthèse sonore), aux timbres très fidèles, ce qui le rendait à l’époque très pratique et complet pour composer des maquettes de musiques ou des musiques complètes, sans avoir recours à des musiciens ou à un orchestre, beaucoup plus coûteux et nécessitant plus de préparations (répétitions, installation du matériel d’enregistrement, etc.).

 

Il y a fort à parier que vous ayez déjà entendu des centaines de fois les sons de ce synthétiseur dans des pubs, des jeux vidéo, des séries et des films des années 1990-2000, tant le JV-1080 était prisé. On comprend alors pourquoi Nathan McCree possédait deux exemplaires de la bête !

 

Les sons du JV-1080 se choisissaient par l’intermédiaire d’une liste de “patches” (ou “presets”), sélectionnables en quelques clics, et il était aussi possible de paramétrer les sons pour changer légèrement leur timbre et les effets appliqués dessus. Il ne s’agissait donc pas de créer des sons de A à Z comme la plupart des synthétiseurs traditionnels (tels que les Moog des années 70).

 

Les synthétiseurs numériques étaient aussi utilisés car les ressources limitées des ordinateurs ne permettaient pas de faire jouer simultanément un certain nombre d’instruments virtuels (sous forme de plugins logiciels) sur les STAN. Le JV-1080 possédait sa propre carte son, ce qui permettait d’alléger les opérations de calcul de l’ordinateur. En d’autres termes, ces outils permettaient un gain de temps et d’argent tout en rendant plus immédiate la composition d’œuvres musicales complexes.

 

Si vous souhaitez vous faire une idée des sons disponibles sur le JV-1080, voici une vidéo qui présente quelques-uns de ses patches :

 

À ce propos, pour les amoureux de sound design, Roland propose aujourd’hui des versions numériques et dans le cloud de ses synthétiseurs emblématiques (dont le JV-1080), une aubaine étant donné leur rareté et leurs prix mirobolants aujourd’hui !

Un album hybride, entre remaster et nouveau regard

Comme son nom l’indique, la Tomb Raider Suite: Synth Mixes (TRS: SM) est basée sur les partitions de la Tomb Raider Suite (TRS). Il s’agit donc des réarrangements imaginés ces dernières années par Nathan McCree, aussi subtils puissent-ils être parfois sur certains morceaux par rapport aux originaux. Les deux albums possèdent la même tracklist, et les musiques sont globalement de longueur équivalente.

 

Il est pourtant curieux de constater que certains morceaux sont plus longs sur la version Synth Mixes (comme “In the Blood”, 36 secondes plus long que la version TRS), ou à l’inverse, plus courts (comme “Tomb Raider 2 Medley”, plus court de 24 secondes). Ces différences de longueur s’expliquent en fait par un tempo souvent plus lent, plus libre, et moins linéaire dans la version orchestrale, ce qui est typique en musique classique.

 

Rappelons aussi que la TRS offrait déjà plus qu’un raffinement des arrangements, mais une véritable extension de certains thèmes, à l’instar de “She’s Cool”, morceau de 30 secondes à l’origine, qui dure désormais plus de 3 minutes sur la Suite ! L’album Synth Mixes donne ainsi l’opportunité de se replonger dans les musiques originales conformément à ce qu’elles étaient, mais avec la densité et la générosité de la TRS.

 

Comme Nathan l’a précisé, la TRS: SM a été créée dans le respect du sound design de l’époque, en utilisant uniquement les sons du Roland JV-1080. Bien que les sons soient théoriquement les mêmes que sur les premiers volets, leurs réglages semblent parfois légèrement revus, améliorés, et le nouveau mixage ainsi que le nouveau mastering effectués donnent plus de précision et de modernité à l’ensemble.

 

En effet, si le JV-1080 n’a pas connu de mise à jour, les outils et techniques de mixage sur ordinateur ont quant à eux évolué en l’espace de 25 ans, et les dernières étapes de production de l’album ont pu, elles aussi, mettre en relief les qualités de l’œuvre. Voici, en quelques points, comment le mixage et le mastering ont permis de proposer un son mieux défini :

  • Une meilleure définition : Même si cela peut être un détail, il est bon de rappeler que les musiques des premiers jeux se trouvent difficilement (voire pas du tout) dans un autre format que le mp3. Même à un bitrate élevé (de 320 kbps par exemple), ce format altère la qualité sonore sur certains détails, qui demeurent intacts sur des formats sans perte de qualité (tels que le .wav), ou des formats avec perte de données plus performants que le mp3 à bitrate égal, comme le format AAC. La TRS: SM propose quant à elle ses musiques en FLAC, un format sans perte de qualité audio, ce qui garantit un son optimal.
  • Un placement stéréo des sons différent et amélioré : Étant donné que les musiques de la TRS: SM ont bénéficié d’un nouveau mixage, Nathan McCree a eu un nouveau regard sur la façon de mixer son album, en décidant par exemple de baisser le volume de certains instruments, ou d’en placer certains plus à gauche, ou à droite. De façon globale, les musiques semblent ici plus larges dans l’espace stéréo que les originales, permettant ainsi de mieux distinguer les différents éléments sonores, et de rendre l’ensemble plus réaliste, naturel, comme si l’on était devant un orchestre.
 
⚠️Nous vous conseillons vivement d’écouter les extraits comparatifs suivants avec des écouteurs ou un casque, pour bien percevoir les différences entre les musiques originales et les versions de l’album Synth Mixes ! ⚠️

« The T-Rex » (version originale) : 0:00-0:03, 0:07-0:10.

« The T-Rex » (version Synth Mixes) : 0:04-0:07, 0:11-0:14.

 

Dans la musique originale (la première à être entendue dans l’extrait ci-dessus), on remarque que le son est plus centré, tandis qu’il s’élargit sur la version Synth Mixes, ce qui peut aussi renforcer le sentiment d’être cerné par le danger qui nous entoure dans la séquence emblématique de Tomb Raider 1, lors de l’affrontement contre le T-Rex.

  • Un son “plein”, avec un spectre des fréquences mieux audible : Le progrès des techniques de mixage en studio aidant, en plus du regard inédit de Nathan McCree sur son œuvre, on constate que la TRS: SM est plus équilibrée dans le rendu des différentes fréquences. Les fréquences graves sont plus consistantes, profondes et rondes, ce qui donne plus d’ampleur aux compositions. Les médiums sont également mieux contrôlées, donnant un aspect moins terne, nasal, ou agressif à certains sons. Enfin les fréquences aiguës ne sont pas en reste non plus et sont bien plus présentes et définies qu’auparavant, ce qui permet d’ouvrir le son dans l’espace stéréo, tout en soulignant les qualités des instruments (l’air d’une flûte ou des voix par exemple), bien que synthétiques.

« Venice » (version originale) : 0:00-0:03, 0:07-0:10.

« Venice » (version Synth Mixes) : 0:03-0:07, 0:11-0:14.

 

Entendez comme les instruments sont plus clairs sur la version Synth Mixes, et placés différemment (davantage sur les côtés). Le clavecin a par exemple été placé à droite (plutôt qu’à gauche dans la piste d’origine) sur l’album Synth Mixes.

  • Des effets plus équilibrés et réalistes : Il semble que certains effets tels que les réverbérations aient été améliorés sur la TRS: SM. Cela n’est pas surprenant dans la mesure où il était un peu plus difficile de trouver de bons effets de réverbération dans les années 90 (en logiciel du moins). On observe notamment cela en comparant les extraits suivants de la musique “The T-Rex” :
Réverbération sur la version Synth Mixes de la track « The T-Rex » :

On remarque que la réverbération est beaucoup plus présente sur la version originale, mais aussi moins réaliste, plus brouillonne, ce qui n’est pas vraiment flatteur pour le son des instruments. La réverbération de l’extrait de TRS: SM en revanche se montre plus discrète mais en même temps plus crédible et esthétique.

  • Un volume plus consistant : En comparant les musiques originales des jeux avec les versions de la TRS: SM, on observe que le volume global des musiques est plus élevé qu’auparavant et maîtrisé tout au long de l’album. A faible comme à plus fort volume, le son reste équilibré et détaillé, tout en préservant la dynamique (les écarts d’intensité sonore tout au long d’un morceau).

Observez comment la forme d’onde de la piste du bas (celle de l’album Synth Mixes) est plus épaisse et régulière tout au long de la musique.

À vous la suite !

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire en comparant l’album Synth Mixes avec ses prédécesseurs, mais on vous laisse le loisir de le (re)découvrir vous-mêmes. On espère que ces paragraphes vous permettront de mieux apprécier encore le travail effectué sur cet album qui, sur bien des aspects, transcende les musiques d’origine tout en leur demeurant fidèles.

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Catégories : Tomb Raider 1, Tomb Raider 2, Tomb Raider 3

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