'
.
_

lundi 20 octobre 2008

Ch 3 - Partie 2 : La Jeune Femme Sur Le Pont

*
CHAPITRE 3 : LE REGNE DE L'OMBRE
PARTIE 2 : LA JEUNE FEMME SUR LE PONT
*
Lara était dans un des couloirs du repère du Lux Veritatis, devant une cabine téléphonique. Elle avait tenté de joindre Liv, cette dernière n'ayant pas répondu. La jeune femme ferma ses yeux. Elle venait de se décider : elle devait ré-endosser sa tenue de pilleuse de tombes pour traquer ce Stanislas et les Nephilims. C'était très important pour elle et pour le destin de l'humanité. Le démon de feu était certainement la créature la plus dangereuse si elle croyait les paroles de Max. Ce Stanislas était cinglé pour tenter de réveiller cette créature ! Lara était quasiment certaine que l'Ange des Nephilims allait le bouffer tout cru lorsqu'ils se rencontreraient.
Une main se posa alors sur son épaule. L'archéologue se tourna et vit Kurtis qui souriait tendrement.
- Comment tu vas, la pilleuse de tombes ? Demanda t-il.
- J'ai besoin de respirer, répliqua t-elle.
- Tu veux boire un café ?
Lara acquiesça d'un signe de tête. Elle en avait besoin.
- Nous allons le prendre dehors, lui annonça t-il. La machine a café de l'immeuble est en panne. Tu m'en veux toujours pour t'avoir laissé seule ?
- Je ne te tire pas une balle dans la tête aujourd'hui, mais sinon je t'en veux encore un peu. J'aurai aimé ne pas être seule et avoir un ami durant cette sombre période.
*
Lara et Kurtis firent vite pour aller dans un petit café à peine rempli. Le caissier, un homme moustachu, tourna la tête vers eux lorsqu'il les vit rentrer.
- Qu'est ce que je vous sers ? Grogna t-il.
- Un café et un thé, s'il vous plait, répondit Kurtis en cherchant des yeux une table libre.
Il en choisit une qui était assez proche de la vitrine. Lara s'installa et regarda le ciel. Il était toujours aussi sombre. Était-ce à cause de la présence du monstre, au sommet de la Tour Eiffel ? Bah ! Se dit-elle. L'avenir nous expliquera tout ! Et elle détourna son regard des cieux pour s'intéresser au thé qu'on venait de lui apporter.
- J'en ai pris un aromatisé à la vanille, s'excusa Kurtis. Tu semblais absorbée dans tes pensées que j'ai commandé un thé au hasard.
- Ce n'est pas grave, répondit simplement Lara en grimaçant légèrement. Je n'aime pas trop la vanille mais je ne vais pas me plaindre.
Après avoir annoncé cela, elle porta la tasse à ses lèvres et but la boisson chaude. Elle tenta de réfléchir en même temps. Elle rassembla ses connaissances antérieures avec celles qu'elle venait d'apprendre. Elle savait tout sur l'Ange des Nephilims. Elle n'osait imaginer comment était cet être en vrai. Ce dont elle était certaine, c'est qu'il devait être monstrueux, peut-être pas au niveau du physique mais en son intérieur, cela ne pouvait être que cela.
- Je sais ce que tu ressens, annonça Kurtis, la sortant d'une sorte de rêverie. N'importe quel être humain peut ressentir la douleur et l'horreur qu'il y a eu a cette période. Mon père m'avait raconté tout ça lorsque j'étais enfant. À la place d'avoir un conte de fée, j'avais des histoires de fantômes volants qui se nourrissaient de chair humaine. Je ne m'en suis pas rendu compte à l'époque de mes quatre ans mais c'était un avertissement pour que je comprenne qu'il fallait que je sois un véritable Veritatus.
- Lara ne répondit pas, n'en ayant pas le cœur.
- Mais sinon que t'est-il arrivé durant toutes ces années ? Demanda Kurtis.
Pour la pilleuse de tombes, c'était la question à éviter. En un flash, un lointain souvenir lui revint.
*
Lara souffrait. Jamais dans sa vie elle n'avait autant pleuré. Elle se trouvait sur un pont enneigé, quelque part à Londres, l'hiver ayant été brutal. La jeune femme avait perdu son charme et les journaux n'avaient plus entendus parlé d'elle depuis de nombreux mois. Ses vêtements étaient des haillons, ses cheveux longs étaient sales et détachés. Le souffle coupé par une course folle qu'elle venait de faire, elle toussa et reprit dans ses poumons un air frais, mauvais. Elle se tenait à la balustrade du pont. Puis elle se sentie très mal, plus qu'auparavant. Elle prit alors une décision, qu'elle allait certainement regretter mais de toutes façons, une fois cette douloureuse tâche accomplie, plus rien ne pourrait la faire retourner en arrière...
*
- Lara ? Appela la voix lointaine de Kurtis.
Lara ouvrit les yeux. Elle n'était plus assise en face de Kurtis mais était allongée sur un sol froid. Plusieurs personnes l'entouraient, la regardant avec des yeux énormes, comme s'il n'avait jamais vu quelqu'un faire un malaise.
Qu'est ce qu'il s'est passé ? Demanda t-elle.
- Tu t'es levée, annonça la voix de Kurtis, à sa gauche, mais tu as comme trébuché et tu es tombée évanouie.
La jeune femme regarda dans sa direction et le vit qui tentait de la lever. Mais elle n'avait pas besoin de lui : elle se releva seule. Les gens détournèrent leurs regards persistants d'elles et retournèrent à leurs tables respectives.
- Je veux partir, annonça Lara à son compagnon.
- Très bien, répondit-il. On y va...
Il partait payer la note lorsqu'un jeune homme, d'au moins 17 ans, entra violemment dans le café, un casque de moto à la main. Il semblait véritablement mécontent et lorsqu'il passa devant elle, il la bouscula et continua son chemin sans s'excuser.
- Excusez moi ! Répliqua Lara avec froideur.
- Quoi ? Répondit-il grossièrement en français.
- Vous pourriez vous excuser, répondit sèchement Lara en français, à son tour. Vous m'avez bousculé en manquant de me déboiter l'épaule, alors vous pourriez au moins vous excuser.
- Mais, c'est bon ! Grogna t-il. Ta gueule, salope !
Un hurlement de rage résonna dans la petite salle.
- PARDON ? Avait hurlé Lara avant de se ruer vers lui.
*
Juste en face du restaurant, le banquier François Dumont s'apprêtait à rentrer dans sa voiture lorsqu'il entendit un hurlement à réveiller les morts. Il avait regardé alors vers le café « Au croissant chaud » et avait vu, à travers la vitrine, des formes qui bougeaient violemment. Intrigué, il avait commencé à marcher vers là-bas. Mais il n'eut pas le temps d'avancer d'un mètre qu'une silhouette était jetée à travers la vitrine, la brisant au passage. Il s'élança pour comprendre ce qu'il se passait et fut étonné que la silhouette qu'il avait vu passer à travers la vitre était masculine et qui portait un casque de moto, visiblement à l'envers, la tête coincée à l'intérieur.
- T'es qu'une honte à la France ! Hurla une voix de femme.
Il leva la tête vers le café et vit une jeune femme, folle de rage, retenue par un homme en costard et par une autre personne qui devait certainement être le gérant de la boutique. Mais à part ces trois là, les autres clients semblaient amusés et certains même applaudissaient.
*
Lara avait donné cent euros au gérant pour qu'il puisse réparer sa vitrine mais était toujours aussi rouge de colère, tandis que Kurtis l'aidait à avancer vers la tour de LIGHT INDUSTRIES.
- Quel raclure, ne cessait de répéter Lara. Moi, une salope ? Tu as vu ce que je lui ai mis ?
- Tu es en grande forme aujourd'hui ! S'exclama Kurtis. Ce que j'ai trouvé étrange, c'est le saut que tu nous a fait à travers ce qu'il restait de la vitre lorsque je t'ai lâché. Tu as ensuite roué de coups ce jeune homme. À mon avis, tu l'as traumatisé ! Tu n'aurais pas dû faire cela !
- Tu préférais que je t'attende ? Répliqua froidement Lara.
Kurtis ne répondit pas car une sonnerie venait de retentir à l'intérieur de la poche intérieure de sa veste. Il en sortit un téléphone portable ultra-fin et répondit :
- Oui ? Qu'est ce qu'il y a, Max ?
Il fronça les sourcils. Si on croyait l'expression qu'il y avait sur le visage de Kurtis, il semblerait que le Lux Veritatis avait fait une découverte très importante.
- Très bien ! Annonça Kurtis. Nous arrivons tout de suite !
Il raccrocha, rangea l'appareil et se mit à marcher plus rapidement.
- Qu'est ce qu'il se passe ? S'étonna Lara. Ils ont trouvés quoi ?
- Nous savons où se trouve Stanislas ! Expliqua Kurtis. Les lignes ne sont plus sûres, on ne peut pas en parler au téléphone.
*
Les portes de l'ascenseur venaient de s'ouvrir sur Lara et Kurtis qui courraient vers la salle de conférence où étaient déjà installés les autres membres. Kurtis poussa la porte de verre et ils entrèrent.
- Vous voilà enfin ! S'exclama Max qui était le seul debout.
- Désolée, souffla Lara. C'est de ma faute, on s'est attardé au café.
Le vieux Scott provoqua un petit bruit entre le toussotement et le rire mesquin. Lara ne lui prêta pas attention pendant un moment mais lui lança un regard noir durant la réunion qui suivit.
*
- Nous avons repéré Viktor Stanislas, annonça Max. Via un journal américain.
- Il est connu en Amérique ? S'étonna Kurtis.
- Depuis seulement quelques jours, lui répondit Max en lui tendant la page d'un journal.
Kurtis l'a prit et lut en diagonale mais poussa une sorte d'exclamation entre la surprise et la terreur. Il se tourna vers Lara avec un air grave.
- D'une certaine manière, tu es encore plus mêlée à cette histoire que nous l'étions déjà !
- Comment cela ? S'étonna Lara.
Pour réponse, il lui tendit la page sur laquelle était écrite en anglais :
- La Tour VCI rachetée par Viktor Stanislas ! S'étrangla Lara. Mais alors... il se trouve en face de ma tour ! En face de chez moi ! C'était donc lui, le fameux acheteur !
- Vous savez donc ce que cela veut dire ? Demanda Vittoria.
Lara eut un mauvais pressentiment. Oui, elle savait ce que cela voulait dire.
- Von Croy Industries possède des actions et des filiales à travers le monde entier et possède deux bases en Antarctique ! Stanislas a trouvé un moyen d'être de partout en même temps. Ainsi, il a une parfaite couverture pour ses Nephilims. Il les cache dans les sous-sols de cette entreprise et comme ça, il peut organiser le réveil de l'Ange sans sortir de chez lui !
- Cette société a des accords de partout dans le monde, qui plus est, continua Max. Cela ne m'étonnerais pas que cet homme soit déjà ami avec de nombreux politiciens !
Lara eut une sorte de boule dans la gorge. Elle se leva alors, se dirigeant vers la sortie.
- Où vas-tu ? Demanda Kurtis.
- Je retourne à Manhattan, annonça t-elle. Il faut que je sache ce que ce malade va faire !
- Et vous croyez sans doute que nous allons vous laisser y aller seule ? Répliqua Max. Je vous rappelle que vous avez eu de la chance au Strahov ! Vous avez combattu un Nephilim pur endormi et un être mi-humain, mi-Nephilim ! Là-bas, il s'agit de centaines de Nephilims pur réveillés ! Ils vous tueront car vous n'avez aucune chance !
- Je suis une grande fille ! Répondit sèchement Lara en lui faisant face. La chance m'a toujours abandonnée lorsque j'avais besoin d'elle, c'est la technique qui m'a sauvée à plusieurs reprises ! Elle lui tourna le dos et posa la main sur la porte vitrée qu'elle poussait. Max interrompit une nouvelle fois son geste :
- Et comment pouvez vous tuer ces Nephilims ? Demanda t-il. Les Éclats Periaptes n'existent plus et vous n'avez aucune arme qui puisse les tuer. Nous savons fabriquer des armes anti-Nephilims mais pour cela, il faut que vous acceptiez que l'on vous accompagne.Lara se tourna une nouvelle fois vers lui, lui lançant un regard froid. Elle le fixa durant quelques secondes, essayant de l'analyser. Ce Maximillian semblait être une sorte de second de Kurtis, ce dernier qui semblait contrôler tout dans l'immeuble. Il avait beaucoup d'autorité et Lara le savait. Il ne proposait pas de l'aider : c'était obligatoire. Sans armes, Lara ne pouvait tuer ces créatures. Avec le Lux Veritatis, elle avait de grandes chances.
- On se retrouve dans mon hangar privé, annonça t-elle d'un ton sec. C'est facile de le trouver, c'est la compagnie AIR CROFT.
Et sur ce, elle s'en alla.
*
Les membres du Lux étaient silencieux. La réponse de Lara avait été brutale d'une certaine manière. Moustapha venait de remarquer que Lara n'aimait pas être accompagnée. Elle préférait travailler en solo et cela le gênait d'être dans l'obligation de l'accompagner mais il n'avait pas le choix.
Le silence fut rompu par un rire sec. C'était celui de James Scott et Kurtis ne fut pas étonné de voir tout le monde lui jeter un regard noir. Personne n'aimait Scott dans la pièce pas même Kurtis qui était pourtant très tolérant envers les autres. Si ça ne tenait qu'à lui, il le bannirait de l'ordre mais il n'en avait pas le droit. L'humanité avait besoin de lui.
- Quelle petite salope arrogante ! Ricana t-il en se levant. J'en ai vu des trainées dans ma vie mais celle là est la plus idiote !
Il sentit alors une douleur sur son visage qui l'envoya à terre.
- Vittoria ! S'exclama André tandis que Moustapha se levait pour la retenir.
Vittoria s'était levée brusquement et avait donné un coup de poing à Scott, folle de rage.
- Espèce d'ordure ! Lui lança t-elle. Depuis que je suis là, je te regarde et je te vois avoir des rictus immondes lorsqu'une femme parle ! Tu devrais avoir honte de parler d'une personne comme ça alors que tu ne sais pas ce qu'elles ont vécues. Cette femme est forte, plus forte que nous tous ici !
- Vittoria ! S'écria Kurtis. Cela suffit !
- Dis-lui ! Lui cria Vittoria. Je te préviens que s'il recommence ça, je le tue !
Elle se débarrassa de l'étreinte de Moustapha et, après avoir jeté un dernier regard à Scott, elle s'éloigna, partant vers la sortie. Lorsqu'elle passa devant Max, ce dernier l'entendit grogner :
- Miserabile figlio di puttana !
*
*
*
*

0 commentaires: